Combattre pour la liberté de Yossi Cohen


Aujourd'hui on parle du livre de Yossi Cohen, l'ancien directeur du Mossad. Je vous avoue que je l'ai trouvé par hasard à Carrefour Ivry la veille de rentrer en Israël, il n'était pas dans ma PAL. Je suis contente de l'avoir lu même si, soyons francs, ce n'est pas le livre de l'année. Il ne m'a pas laissé de souvenirs impérissables et je pense qu'il va rapidement devenir obsolète vu comment la situation géopolitique change chez nous.
Cependant, j'ai quand même apprécié ma lecture et j'ai appris plusieurs choses sur la route. Déjà, à l'heure où la cinquième saison de Fauda fait tant parler d'elle, c'est un livre qui peut mettre en relief certaines actions et les expliquer. On y aborde certaines missions de Tsahal, sans entrer dans les détails bien sûr, on comprend mieux la direction (surtout pour les non israéliens) que prend le pays depuis sa création. J'ai aimé les descriptions de ce qui fait un bon espion à légende solide. De plus, pour moi qui m'intéresse à certains sujets comme le survivalisme, j'ai aimé trouver des conseils sur comme devenir "l'homme gris". Certains faisaient échos à ce que je savais déjà, d'autres non. Neutralité, discrétion, posture ajustée à ce que la situation demande.
En tout cas vous avez ici une plongée captivante dans les coulisses du pouvoir et des services secrets israéliens. C'est un témoignage d'une densité remarquable. Les points négatifs que je me dois de pointer tout de même est que selon moi le récit souffre parfois d'une construction narrative déroutante. Je pensais que ce serait écrit de manière chronologique mais non, du coup je trouve que ça a tendance à égarer le lecteur lorsqu'on passe de récits d'opérations d'infiltration à des considérations diplomatiques ou à des souvenirs familiaux. De plus, l'avalanche de noms que ce soit des responsables de services, diplomates, généraux, chefs d'État etc. alourdit par moments la lecture et m'a perdu à plusieurs reprises. Je suis une citoyenne lambda, je ne connaissais pas tous ces noms et du coup ça complexifiait le suivi des événements. Même si, cela montre bien l'étendue du réseau de Yossi Cohen et son rôle central dans la diplomatie de l'ombre israélienne.
L'un des sujets majeurs du livre, et ce n'est pas surprenant surtout si comme moi vous avez vu son interview dans Légende de Guillaume Pley, réside dans l'analyse de la menace iranienne. Cohen conclut notamment son ouvrage en revenant sur l'attaque stratégique israélienne en juin 2025. Il décrit cet événement comme un tournant décisif et une victoire tactique et stratégique majeure, démontrant la capacité proactives et dissuasives d'Israël. Je l'ai lu avec un haussement de sourcils. Pour moi, deux choses viennent nuancer cet enthousiasme: la trentaine de victimes et les trois mille et quelques personnes hospitalisées et surtout la seconde guerre enclenchée le 28 février 2026 soit moins d'un an après notre "victoire tactique".
Cohen détaille avec lucidité la complexité des relations entre Jérusalem et Moscou. Et je dois dire que ça a bien clarifié notre position à mes yeux. Ce n'est pas toujours évident de comprendre ce qui se passe aux niveau des grands dirigeants du monde donc j'ai apprécié ces explications. Il montre ses rapports directs avec Vladimir Poutine et leur relation, l'ouvrage clarifie notre ligne de conduite vis-à-vis du conflit et le refus de fournir des armes à l'Ukraine. Israël doit préserver ses intérêts cruciaux en Syrie, où la Russie contrôle l'espace aérien. Pour garantir la liberté d’action de l’armée israélienne contre l’enracinement iranien et les transferts d’armes au Hezbollah, la coordination sécuritaire avec Moscou demeure une nécessité. Donc non au transfert d'armes par contre oui à l'aide humanitaire et médicale ainsi qu'à l'envoi d'équipements de protection non offensifs.
Au delà de ça, ses mots les plus marquants de ce livre sont pour moi: « Le principe fondamental que chaque citoyen israélien doit servir son pays, qu'il soit arabe, juif, bédouin ou chrétien doit être inscrit dans la loi et appliqué. » Cela fait écho à tout ce que je crois depuis des années, depuis que je suis en âge de comprendre que les citoyens de tout horizon doit faire fonctionner son pays. Peu importe ses croyances, peu importe ses origines. Cette vision que partage Cohen défend l'idée qu'un État ne peut pérenniser son modèle social et sécuritaire si une partie de sa population demeure exclue de l'effort national. Pour Cohen, l'appartenance citoyenne repose sur un équilibre strict entre droits et devoirs : il ne saurait y avoir de contrat social pérenne où certains reçoivent sans contribuer à la sécurité et à la collectivité nationale.
J'ai aussi bien accroché à son point de vue sur les hommes de pouvoir. Pour lui, un bon chef doit savoir faire preuve d'autodiscipline, reconnaître que sa vision n'est pas sacrée et accepter des concessions pour préserver l'intérêt collectif. L'exercice du commandement « ne confère pas de superpouvoirs » ni ne justifie de bénéficier de privilèges sous prétexte de la pression subie. Le pouvoir reste un service rendu à la communauté, non une condition de supériorité. Cohen prévient contre la tentation de se croire indispensable : « Ne vous dites jamais que vous êtes le seul à être en mesure de sauver la ville. Trop de confiance en soi mène à l'arrogance. » Se penser incassable ou indispensable corrompt l'âme et dégrade le moral des troupes.
Bien que Cohen ne nomme pas directement monsieur Bibi la critique en filigrane apparaît évidente. En ciblant la longévité au pouvoir, le sentiment d'invulnérabilité et l'arrogance des élites, ces passages résonnent comme une remise en cause directe du style de gouvernance du Premier ministre.
Combattre pour la liberté constitue un document politique et stratégique de premier ordre. Malgré des longueurs et une structure narrative parfois décousue due à la profusion de détails et de noms, l'ouvrage de Yossi Cohen dresse un état des lieux lucide des défis d'Israël : la gestion pragmatique des grandes puissances, l'impératif d'une intégration citoyenne globale et l'exigence d'un leadership éthique, humble et conscient des limites du pouvoir.
Bonne lecture!



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