La fille unique de Avraham B. Yehoshua
- Johanna Zazoun

- il y a 1 jour
- 2 min de lecture

Rachele est en colère contre son père qui ne veut pas qu’elle tienne le rôle de Marie dans la représentation de la Nativité de l’école, à la veille des vacances. Car Rachele, 12 ans, est juive. Elle vit dans une grande ville du Nord de l'Italie, son père est avocat, tout comme son grand-père. Ce dernier se montre certes plus compréhensif face au désir de sa petite-fille, mais la situation se complique quand Rachele comprend que son père, qui vient de subir des examens médicaux, est sans doute gravement malade. En parlant avec les différents membres de sa famille et notamment sa grand-mère, la fillette commence à saisir les enjeux de la question qu’elle a soulevée par rapport à l’histoire familiale. Elle se décide alors à demander un autre cadeau de Noël à son père…
Dans La fille unique, le dernier roman du regretté Avraham B. Yehoshua, nous suivons Rachele Luzzato, une jeune fille de douze ans vivant dans le nord de l’Italie. À l'aube de sa Bat-Mitzvah, son monde vacille lorsqu'elle apprend que son père est atteint d'une tumeur au cerveau (ce qu'il décrit comme supplément de cerveau). Issue d'une famille mixte, un père juif attaché à ses racines et une mère issue d'une lignée catholique laïque Rachele se retrouve tiraillée de toutes parts. Et ce sont ses interrogations qui font avancer le récit. Le conflit culmine avec une ironie que vous saurez apprécier : ses professeurs la choisissent pour incarner la Vierge Marie dans la pièce de Noël de l'école, un rôle que son père refuse catégoriquement de la voir jouer malgré les supplications de sa fille.
Sous ses airs de chronique familiale intimiste, le roman déploie une réflexion brillante sur la fluidité de l'identité et le poids de la transmission. Yehoshua y explore le tiraillement constant entre tradition et modernité, judaïsme et christianisme, ferveur et laïcité. Rachele, véritable réceptacle des angoisses et des espoirs de sa famille (entre nous j'ai adoré la grand mère athée), navigue sur le fil ténu du passage à l'âge adulte. La maladie du père agit ici comme un catalyseur tragique : face à l'imminence de la perte, la quête identitaire de la jeune fille n'est plus une simple crise d'adolescence, mais une nécessité absolue pour comprendre de quel héritage complexe elle est le produit et qui elle est vraiment, vers quoi elle se dirige.
Lue cet été 2026, l'histoire de cette jeune fille résonne comme une métaphore frappante des fractures qui traversent actuellement le pays. Alors que la société israélienne peine à panser ses traumatismes récents et se déchire violemment sur sa propre définition coincée entre ferveur religieuse et vision séculière, tribalisme et démocratie, le microcosme de la famille Luzzato offre une leçon de nuances.
Yehoshua, qui a passé sa vie à interroger le sionisme et la diaspora, rappelle à travers Rachele que les identités multiples ne sont pas obligées de s'entretuer. De la même manière que cette enfant doit tisser ensemble ses contradictions profondes pour faire face à la tragédie, Israël est aujourd'hui au pied du mur, contraint de trouver une synthèse viable entre ses courants antagonistes pour espérer forger un avenir commun.
Bonne lecture!



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