La femme au kimono blanc d'Ana Johns
- Johanna Zazoun

- 8 févr.
- 3 min de lecture

Coup de coeur de la semaine: La femme au kimono blanc d'Ana Johns.
Japon, 1957. Issue d'une famille japonaise respectable, Naoko Nakamura est promise à un riche homme d'affaires plus âgé. Mais elle est amoureuse d'un autre : un marin américain, un étranger. L'épouser jetterait le déshonneur sur sa famille. Alors, quand Naoko tombe enceinte de son amant, elle est contrainte de faire des choix déchirants qui auront des conséquences qu'elle n'aurait jamais osé imaginer sur les générations suivantes...
La trame amoureuse n'est pas le principal sujet, elle n'est que prétexte à une incursion dans la culture japonaise et dans un des grands drames du 20e siècle: l’ostracisation d'enfants métis. Nous sommes ici dans une œuvre de fiction basée sur des faits réels et la réalité est bien pire que l'horreur que vous pourrez déceler dans ce livre. Pour vous replacer dans le contexte je vous explique, Naoko ne peut se résoudre à épouser celui qui a été choisi pour elle par sa famille, elle est amoureuse d'un soldat américain et ça la déchire. Elle est élevée dans un monde de traditions et de respect familial tels qu'elle ne peut pas si facilement que ça s'élever contre son père. Outre le déshonneur que ça jetterait sur elle c'est également sur sa famille dont ses frères qu'il y aurait des répercussions. Johns a fait un vrai travail de fond et on comprend aisément (même si ça nous insurge) les difficultés que vivent Naoko et Hajime. Ils vont malgré tout s'unir par les liens sacrés du mariage mais la vie va les séparer et leur faire prendre deux routes différentes. Pour nous aider à mieux nous immerger dans les us et coutumes japonaises nous avons le personnage de la grand mère qui distille une tonne de légendes traditionnelles pleines de sagesse et permettant à Naoko (et nous-même) de réfléchir, s'interroger et avancer. J'ai beaucoup appris sur le Japon à la lecture de ce roman et c'est pour cela que ce livre est bien plus qu'une histoire d'amour contrarié. Par exemple, savez-vous ce que sont les Burakumin? Les intouchables du Japon, ils constituaient une minorité socio-économique au sein de la population et étaient marginalisés. Ils exerçaient des professions considérées comme impures ou entachées par la mort, telles que bourreaux, croque-morts, bouchers ou tanneurs. Autre chose que j'ignorais c'était la non acceptation des couples mixtes au Japon après la guerre au point où ont disparu des générations entières. J'étais au courant pour l'internement des nippo-américains pendant la seconde guerre mondiale mais je ne m'étais jamais intéressée à ce qui se passait de l'autre côté, comment les japonais considéraient les couples mixtes. La maternité dont on parle dans le roman est fictive, mais elle s'inspire de celle de Kotobuki où des policiers de Waseda ont découvert les restes de cinq bébés. Les autopsies ayant révélé que leur décès n'était pas dû à des causes naturelles, une fouille des lieux a permis d'en découvrir soixante-dix autres. Cependant, en raison de l'étendue du domaine, le nombre exact de victimes reste inconnu. Et ceci, n'est qu'un seul exemple de maternité. Il est impossible de connaitre le nombre de bébés tués à cette période. Couples mixtes, grossesses non désirées, viols.. de nombreuses jeunes femmes arrivaient dans de tels lieux pour diverses raisons. Naoko n'était même pas au courant du genre d'endroit où elle mettait les pieds et était tout sauf consentante. Le récit n'est pas toujours facile à lire, parfois la tristesse et la colère se disputent la première place dans notre coeur mais Johns réussi à ne pas tomber dans le pathos et transmet son message de manière claire. Le Japon est un pays d'une richesse culturelle incroyable mais avec une Histoire tâchée de sang. Pour résumer, c'était un roman qui m'a profondément marqué.
"Dans la vie, le sage construit son propre paradis tandis que l'idiot se plaint de l'enfer."
Bonne lecture!



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