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Chère maman de Sophie Adriansen

  • Photo du rédacteur: Johanna Zazoun
    Johanna Zazoun
  • 5 janv.
  • 5 min de lecture

Lecture difficile mais importante, aujourd’hui je vous présente le roman graphique Chère maman, les mères aussi peuvent être toxiques de Sophie Andriansen.


Mère de 3 enfants, Alix mène une vie plutôt épanouie aux côtés d’un époux aimant et d’amis fidèles. Un jour, au détour d’une conversation, sa mère assène une de ces remarques désobligeantes, dont elle seule a le secret. Mais cette fois, c’est la fille d’Alix qui en est la cible. C’en est trop pour elle. Soudain, toutes les années de souffrances enfouies, les humiliations et les mauvais traitements subis durant l’enfance refont surface. Pourquoi cette femme lui rend-elle la vie impossible ? Les constantes critiques et le manque de considération de la part de cette mère énergivore vont pousser Alix à s’interroger… D’après les spécialistes, 20 % de la population aurait grandi aux côtés d’un parent «toxique». Commence alors, pour Alix, un long chemin. Sa douloureuse prise de conscience pour briser l’emprise et défaire ses liens va la mettre à rude épreuve.


Les relations parent/enfant constituent la base essentielle et fondatrice de notre identité. Quand tout va bien, on s’épanouit, on arrive à construire depuis ce noyau familial les fondements de notre vie future, maritale et parentale. Cependant, malheureusement certains font l’expérience d’un amour filial empoisonné. Il est très difficile d’arriver à mettre des mots sur nos maux surtout quand la source problématique est un parent. Une grosse vague de culpabilité nous envahit, on nous assène “un père/une mère on en a qu’un/e”, “moi aussi on m’a dit ça et alors? Ce n’est pas grave, nos parents sont d’une autre génération”... donc on tait cette souffrance. Alix aurait pu continuer à ressentir ce mal être pendant des années, continuer de relativiser, de faire taire cette douleur mais Alix est une mère, un parent aimant qui ferait tout pour ses enfants et c’est ce qui va se passer. La réflexion d’Anne-Catherine (la grand mère) qui lui conseille de ne pas dire à sa fille Violette qu’elle est belle sinon elle va finir par le croire est un moment déclencheur dans la vie d’Alix. Ce fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, seulement même si le processus s’enclenche le chemin vers la paix va être long, parcouru de retours en arrière, de doutes, de réflexions sois disantes amicales niant son besoin vital d’une vie sans poison. Heureusement Alix peut compter sur son incroyable, empathique et patient mari, un pilier de sa vie (merci à tous les conjoints comme Thomas) qui jamais ne la jugera, ni ne tentera de l’influencer, il sera juste toujours là à l’écouter et à la soutenir. Et lorsque sa belle-mère lui fait des réflexions sur sa femme il sait la remettre à sa place poliment mais fermement afin de respecter sa femme qui ne souhaite pas d’un conflit ouvert. 



Les dessins sont très expressifs et colorés alors qu’en contraste la mère n’a pas de visage et est dessinée tout en noir. Ce choix est lourd de sens et au fil des pages on a vraiment ce fantôme noir, omniprésent de méchanceté et mauvaises ondes qui nous gêne, comme un vilain fond sonore dans une forêt silencieuse. Les dialogues sont courts mais percutants de manière à rendre la lecture vraiment fluide. Même si on pourrait souhaiter un peu plus de nuances, une mère avec malgré tout quelques bonnes paroles et actes (rendant encore plus impossible à expliquer aux autres la toxicité) et une fille un peu moins lisse, moins bonne pâte on ne peut qu’accrocher à la thématique. Les exemples donnés sont ceux de la vie de tous les jours, des phrases qu’on peut juger banales mais c’est là où ça fait le plus mal car lorsque ses remarques se répètent au quotidien et pendant des décennies ça devient de la violence. Et la violence verbale ne doit en aucun cas être banalisée surtout par des personnes n’y comprenant rien ou ne voulant pas ouvrir les yeux sur la souffrance d’autrui, une sœur, une amie, un voisin, un collègue.. 



Grandir avec des parents toxiques laisse des traces profondes, mais les reconnaître est encore plus difficile quand on a été élevé avec l’idée que « respecter ses parents » est un commandement sacré. Dans la tradition juive, cette injonction est si forte qu’elle finit parfois par étouffer la souffrance, à faire douter de sa propre réalité, à croire que poser des limites serait une faute. Il faut parfois du temps pour comprendre que prendre de la distance n’est ni une trahison ni un manque de respect, mais une nécessité pour se protéger et préserver sa santé émotionnelle. Et puis il y a les enfants. Les petits-enfants qui, sans comprendre les mots, ressentent tout. Les silences lourds, les tensions, les regards qui se figent quand le grand-parent est là. Parfois c'est le contraire qui se passe, ils vont entendre des cris, des menaces envers leurs parents, ils vont s'apercevoir qu'ils n'intéressent pas leur grand parent, qu'il n'est là que pour faire du mal à leurs parents et non par désir de les voir eux. Leur malaise est souvent le signal le plus clair : quelque chose ne va pas. N'attendez pas qu'il soit trop tard. Vous savez leur expliquer qu'il faut s'éloigner d'un enfant néfaste de leur classe c'est la même chose ici surtout s'ils montrent des signes évident de gêne. S'ils sont suffisamment grands écoutez les, ils peuvent être très clairs dans leur désir "je ne veux pas le voir, j'en ai marre des cris". Si vous n'avez pas le courage de le faire pour vous, faites le pour eux. Les protéger de cette ambiance, ce n’est pas rompre une tradition, c’est au contraire transmettre une valeur essentielle : le respect de soi et des autres, sans peur ni violence. Et la dernière phrase de ce roman est superbe et est un magnifique résumé “On peut aussi choisir sa famille”. 


D’après les données de Centers for Disease Control and Prevention (CDC), environ 64 % des adultes déclarent avoir vécu au moins une expérience d’enfance négative, et près de 17 % en ont vécu quatre ou plus, des situations qui incluent des formes de maltraitance, de négligence ou de dysfonctionnement familial, souvent assimilées à des environnements parentaux toxiques (lien ici). Espérons que cette lecture, qu’on s’y reconnaisse ou non, donne matière à réflexion. Le monde extérieur a tendance à ne pas comprendre, à tenter de convaincre, de faire taire les personnes courageuses. Peut être est-il temps de faire preuve de plus d’écoute? Écouter l’Autre ne veut pas dire patienter en silence en attendant de pouvoir répondre mais écouter ce qu’il dit, ne pas juger ses sentiments, son ressenti. Faire preuve d’empathie ne veut pas dire rétorquer un banal “je comprends mais”, cela implique surtout un partage affectif sans non plus se noyer dans la peine de l’Autre. Ce travail de balance, entre ce que la personne en face de moi a besoin et ce dont je suis capable de transmettre est difficile mais primordial si on veut tenter d’apaiser les maux de ce monde. Parfois il suffit juste de ça, une simple écoute empathique dénuée de tout jugement. 



Bonne lecture!


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