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Le dépisteur d'Antoine Ozanam

  • Photo du rédacteur: Johanna Zazoun
    Johanna Zazoun
  • 17 mai
  • 3 min de lecture

Aujourd'hui je vous présenté un roman graphique en 2 tomes: Le dépisteur d'Antoine Ozanam.


Cela n'aura pas été un coup de coeur mais la thématique est très intéressante donc je vous partage mes pensées. La série Le Dépisteur nous plonge dans une histoire profondément ancrée dans la mémoire de la Shoah. On suit un récit qui oscille entre enquête, transmission et reconstruction, autour des enfants juifs cachés pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous sommes en France dans les années 50. La guerre est terminée, mais la mission de Samuel ne fait que commencer. Il sillonne inlassablement la campagne française car il fait partie des anciens scouts juifs regroupés sous le nom de « dépisteurs ». Leur travail consiste à partir à la recherche des enfants juifs cachés dans des familles d’accueil pendant la guerre, dans l’espoir de les ramener auprès des leurs. Lorsque Samuel arrive dans le Lot, les nouvelles sont décourageantes et la piste menue. Il semblerait que la famille qu’il recherche ait été dénoncée pendant l’Occupation. Aux dires d’un paysan, tout le monde a été exécuté ! Mais même avant cela, personne ne se souvient de l’enfant caché. Notre dépisteur compte bien découvrir coûte que coûte ce qui est arrivé à la petite fille qui avait 1 an en 1943.


Le terme même de “dépisteur” est central : historiquement, il désigne ces hommes et ces femmes qui, après la guerre, ont cherché à retrouver les enfants survivants, à reconstituer leur identité, leur histoire, et parfois leur famille. Un travail bouleversant, à mi-chemin entre enquête et devoir de mémoire, souvent dans un flou total, avec très peu d’indices et des traumatismes immenses à gérer. L'auteur s’appuie sur des faits réels, des témoignages, et tout un travail de documentation pour donner vie à cette période sans jamais tomber dans le pathos. Le premier tome pose les bases, avec une atmosphère lourde, presque silencieuse, où le poids de ce qui n’est pas dit est omniprésent. A sa quête de réponse s'oppose le silence assourdissant d'une population pas encore prête à assumer ses actes. Le second approfondit encore, en explorant davantage les conséquences et les cicatrices laissées par l’Histoire.


Si je n'ai pas eu un gros coup de coeur car la double temporalité du premier tome ne m'a pas du tout convaincu je dois dire qu'il s'agit malgré d'une lecture intéressante sur un sujet qu'on n'aborde pas forcément dans la littérature ou en tout cas qui n'est pas forcément mis en avant. Que sont devenus les enfants cachés pendant la Shoah? Quel pourcentage a pu retrouver sa famille même lointaine? Quel pourcentage ignore tout de son identité juive? La lecture de ce roman graphique m'a rappelé un autre livre en ma possession (et également disponible à l'emprunt) Les enfants cachés, l'affaire Finaly de Catherine Poujol. Dans les deux cas, on retrouve cette question vertigineuse : à qui “appartiennent” ces enfants après la guerre ? Dans Le Dépisteur, comme dans l’affaire Finaly, il ne s’agit pas seulement de retrouver des enfants cachés, mais de décider de leur avenir, de leur identité, parfois contre ceux qui les ont protégés. Les familles d’accueil, souvent sincèrement attachées aux enfants, ont pu considérer qu’elles agissaient pour leur bien quitte à refuser de les rendre, en invoquant leur baptême ou leur nouvelle vie.


Ce parallèle met en lumière une réalité inconfortable : la frontière entre protection et appropriation devient floue dans un contexte de chaos moral et historique. Dans l’affaire Finaly, ce refus de restituer les enfants à leur famille juive survivante a provoqué une crise majeure en France, révélant des tensions profondes autour de la mémoire, de la religion et de la responsabilité après la Shoah. Le Dépisteur fait écho à ces dilemmes sans donner de réponse simple, mais en posant la bonne question : reconstruire une vie, oui mais à quel prix, et en effaçant quelle histoire ?


Bonne lecture!

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