L'infiltrée de Anonyme
- Johanna Zazoun

- 10 nov. 2025
- 4 min de lecture

L'Infiltrée raconte à la première personne un destin exceptionnel. La narratrice est née dans une famille juive irakienne prospère. Après la guerre des Six jours (juin 1967), son père est arrêté par les autorités et torturé par la police qui cherche à lui faire avouer qu'il est un espion à la solde d'Israël. C'est sous la menace ultime de voir sa femme enceinte éventrée, que le père « craque » et avoue. Il sera pendu. Puis c'est au tour de la grand-mère d'être tuée. Le reste de la famille entreprend de fuir vers Israël, via l'Iran. La narratrice raconte alors ses années de formation à l'Université de Tel Aviv, au département des études sur le Moyen-Orient. Elle cherche frénétiquement à retrouver la trace de son père du côté israélien : était-il effectivement un espion ? C'est en apprenant à se cacher parmi les ultra-orthodoxes juifs que lui vient ce sens du « camouflage » qui lui sera si précieux plus tard. Car elle quitte Israël avec mari et enfants pour s'installer aux Etats-Unis, où elle trouve du travail dans un organisme de recherche à but non lucratif qui recueille de l'information sur le Moyen-Orient.
Passionnant, haletant, édifiant.. C'est très difficile de décrire ce livre. Commençons par dire que même s'il est publié sous "Anonyme" l'auteure a décidé de divulguer son nom il s'agit de Rita Katz. C’est une analyste spécialisée dans le terrorisme et cofondatrice du groupe de renseignement SITE Institute (lien ici), une société de renseignement privée située à Washington DC.
On remonte jusqu’à sa petite enfance car tout démarre alors qu’elle vit en Irak au sein d’une famille juive aisée. L’atmosphère change rapidement pour en arriver à l’assassinat de son père puis celui de sa grand-mère. Cela va conduire à la fuite de la famille vers Israël, 10 juifs (quasiment tous des enfants) vont après un périple dangereux de 18 jours réussir à échapper aux hordes d’irakiens les poursuivant. Katz poursuit son voyage vers son enfance et nous décrit parfaitement son long cheminement qui va la conduire à infiltrer des réseaux islamistes. J’ai beaucoup aimé la partie sur son adolescence, la façon dont elle décrit sa relation avec sa mère, comment elle a appris à se camoufler en voulant vendre à la communauté orthodoxe les vêtements cousus par sa mère, ses études etc. Quand on arrive à son déménagement avec sa famille aux Etats-Unis les choses se corsent un peu au niveau de ma compréhension. Il m’a fallu à plusieurs reprises relire des passages, sauter quelques pages, faire des recherches etc. A partir du moment où elle intègre un organisme de recherche récoltant du renseignement sur le Moyen-Orient cela devient plus difficile à suivre. A plusieurs reprises elle alpague le lecteur (j’ai bien aimé) pour lui dire qu’elle ne veut pas le transformer en agent de renseignement mais qu’elle est obligée de rentrer dans les détails. Le problème est que malgré tout j’ai eu l’impression d’être ensevelie sous un trop plein d’informations, de dates, de noms, de détails sur des affiliations et je n’arrivais pas à savoir si j’étais obligée de comprendre tout cela pour poursuivre ma lecture. J’ai continué et je ne regrette pas. Même si on est dans les années 1990-2000 c’est très intéressant de revenir sur ce qui s’est passé et surtout ce qui a conduit aux actes terroristes un peu partout dans le monde. De nos jours on sait que les terroristes utilisent des organismes à but non lucratif pour payer des armes, blanchir de l’argent.. Katz a réussi à le démontrer à l’époque et en se basant uniquement sur les archives du domaine public. Et franchement chapeau, c'est bien dommage que beaucoup d'agences faisaient la sourde oreille à ses nombreuses mises en garde. Car, il faut le dire ici vous ne trouverez pas de description élogieuse du FBI bien au contraire. On nous le montre comme une agence inefficace (qui tape à la porte des gens demander s’ils connaissent Ben Laden par exemple) et surtout qui ne partage rien, aucune information même pas à l’INS (Immigration and Naturalization Service). A l’époque il s’agissait pourtant de l’organisme gérant les lois fédérales sur l'immigration, les entrées sur le territoire et les demandes de résidence permanente ou de citoyenneté. Oui, le FBI n’a pas le beau rôle ici.
Si on fait abstraction du trop plein de détails ce livre raconte de manière effarante comment les organisations liées au terrorisme islamique (Hamas, Hezbollah ou encore Al-Qaida) ont des tentacules déployés absolument partout, sur chaque territoire. En les infiltrant et nous montrant comment en plein coeur des Etats Unis dans les années 90 dans un hôtel tout à fait respectable des enfants peuvent produire un spectacle vantant le martyre et le djihad islamique Katz réussit à nous montrer qu’ils sont partout et depuis des décennies. Son livre et tout ce qu’elle dénonce au delà de ça est surtout une tentative de dénoncer les dysfonctionnements des différentes agences de renseignements. Elle prône l’unité et le partage d’informations afin d’agir comme une seule entité et contrer ce qui est la plus grosse menace à l’heure actuelle, le terrorisme islamique. Elle a dédié sa vie (et continue de le faire) au détriment de sa famille parfois (elle décrit avec beaucoup de tristesse et regret ces moments manqués avec ses enfants) à lutter contre le terrorisme. Espérons que tout ce qui s’est passé ces dernières années sont autant de leçons apprises afin de garder en sécurité les milliards de personnes peuplant cette terre. Il faut toujours garder espoir.
Bonne lecture!



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