Nos étoiles filantes de Laure Manel
- Johanna Zazoun

- 1 juin
- 3 min de lecture

Coup de coeur de la semaine: Nos étoiles filantes de Laure Manel.
Fanny est l’unique survivante de l’accident qui a coûté la vie à Hadrien, son fiancé. Pour celle qui tente de garder la tête hors de l’eau depuis le drame, la survie est une lutte de tous les jours. Alors qu’ils devaient se rendre au Québec tous les deux, elle décide d’entreprendre le voyage seule. Une façon de réaliser son rêve à lui et d’honorer sa mémoire. La découverte de la Belle Province, le contact avec la nature et les grands espaces, les rencontres… Fanny pourrait bien trouver là-bas plus que ce qu’elle espérait.
J'ai toujours eu une relation un peu compliquée avec les romans de Laure Manel. C'est une autrice que je lis régulièrement, mais dont je trouve les livres assez inégaux. Ses personnages me semblent parfois manquer de profondeur et ses intrigues céder à une certaine facilité. J'ai souvent l'impression qu'elle ne se met pas totalement en danger dans ses choix narratifs. Cinq cœurs en sursis, par exemple, m'avait laissé cette impression avec un dénouement familial qui m'avait paru un peu trop simple au regard des enjeux soulevés.
C'est précisément pour cela que Nos étoiles filantes a été une si belle surprise. J'y ai retrouvé une écriture plus mature, plus nuancée, qui ose rester dans l'inconfort des émotions. Laure Manel y aborde des thèmes complexes comme le deuil, la maternité, l'épuisement, la reconstruction ou encore le poids des choix de vie, sans chercher à leur apporter une solution miracle en quelques chapitres. Pour une fois, je n'ai pas eu l'impression qu'une romance venait servir de pansement rapide à une souffrance profonde.
Cette lecture m'a particulièrement touchée car certains passages ont fait écho à ma propre expérience du deuil. J'ai reconnu ces retours en arrière qui surgissent sans prévenir, ces journées où l'absence est plus lourde que les autres, mais aussi cette culpabilité étrange lorsque l'on se surprend à rire ou à passer un bon moment alors qu'une personne aimée n'est plus là. Le roman traduit cela avec beaucoup de justesse et de délicatesse.
J'ai également adoré le décor québécois. Les paysages, les lacs, les chalets, les traditions locales, les expressions et les références culturelles donnent une vraie identité au récit. J'ai même été écouter Les Cowboys Fringants après ma lecture. J'ai trouvé les textes magnifiques, pleins de poésie et d'humanité, même si la musique m'a un peu moins séduite.
J'ai malgré tout deux petits bémols. Le premier est que ce livre m'a donné une envie folle de partir au Québec, ce qui n'était absolument pas prévu à mon programme ! Le second concerne le traitement du deuil. Fanny est naturellement bouleversée par la mort de son fiancé Hadrien, mais j'ai trouvé étrange qu'elle n'évoque presque jamais le couple d'amis décédé dans le même accident. Compte tenu de leur proximité, leur absence dans ses réflexions m'a semblé un peu manquer de crédibilité.
Mais ce qui a définitivement transformé cette lecture en coup de cœur, c'est sa fin. Pour une fois, Laure Manel refuse de fermer toutes les portes et de boucler parfaitement chaque intrigue. Il n'y a pas cette fameuse « fermeture de boucle » que l'on retrouve souvent dans ses romans. Fanny a traversé deux années extrêmement difficiles. Son chemin vers la reconstruction est encore long, imparfait, incertain. Malgré la parenthèse lumineuse vécue au Québec, elle ne plaque pas tout du jour au lendemain. Elle choisit d'avancer à son rythme, selon ses envies, en construisant peu à peu une nouvelle vie qui lui ressemble. Et j'ai trouvé cela infiniment plus beau, plus crédible et plus émouvant qu'un happy end traditionnel.
Bonne lecture!



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